En 2024, le major-général (Mgén) Dave Yarker a été nommé premier commandant du nouveau Commandement des cyberopérations des Forces armées canadiennes (FAC). Avant cette nomination, il a occupé plusieurs fonctions au sein de la cybercommunauté des FAC, notamment des postes de commandement au niveau de l’unité et de la formation, ainsi que des fonctions de liaison auprès de l’United States Cyber Command et du Centre de la sécurité des télécommunications du Canada. Auparavant, il a servi au sein de la communauté des transmissions tactiques et dans le domaine des communications interarmées. Le Mgén Yarker est titulaire de diplômes de premier cycle en génie physique et en histoire; il détient également des maîtrises en génie physique ainsi qu’en études de la défense et en administration publique.
C’est pour moi un honneur et un privilège d’avoir l’occasion de rédiger la préface de ce numéro spécial de la Revue militaire canadienne, consacré aux enjeux liés au cyberespace et à l’intelligence artificielle. Avec la création récente du Commandement des cyberopérations des Forces armées canadiennes (FAC) et l’établissement officiel du Centre d’intelligence artificielle du ministère de la Défense nationale (MDN) et des FAC, notre institution militaire a franchi des étapes clés, en reconnaissant l’importance de ces deux domaines.
L’intelligence artificielle (IA) et les cyberopérations reposent toutes deux sur les technologies modernes et sur leur influence omniprésente dans la conduite de la guerre. Cette influence est à la fois profonde et étendue. Nous avons placé les technologies modernes au cœur de notre manière de faire la guerre, ce qui nous permet d’accroître la précision de l’emploi de la force sur les plans de l’intention, du lieu et du moment. Toutefois, ces technologies présentent des vulnérabilités intrinsèques. Elles ouvrent de nouvelles voies d’attaque et, par conséquent, de défense, ce qui explique que le cyberespace soit désormais considéré comme un domaine de la guerre. Pour sa part, l’IA modifie radicalement l’échelle et la vitesse de nombreuses technologies essentielles à la conduite des opérations militaires. Dans certains cas, elle accroît l’influence de la technologie sur notre réflexion; dans d’autres, elle élimine complètement la nécessité d’une intervention humaine. Il s’agit de sujets complexes auxquels tout professionnel sérieux devrait s’intéresser. La diversité même des articles réunis dans ce numéro spécial témoigne de la complexité de l’intégration de ces technologies essentielles à la profession des armes.
Cela dit, il est impressionnant de constater le talent avec lequel leurs auteurs s’attaquent à ces défis. Pour ce qui est du cyberespace, ce numéro spécial nous mène des fondements théoriques des politiques et des affaires étrangères, présentés dans l’article de Christina Marcotte, jusqu’aux bases conceptuelles exposées par Alex Green et Matthew Kellett, en passant par les rappels pratiques formulés par un praticien du domaine. C’est un réel plaisir de voir ces idées exprimées dans des textes de réflexion professionnelle. En ce qui concerne l’IA, les articles de ce numéro spécial mettent en évidence l’influence grandissante du Centre d’intelligence artificielle du MDN/FAC. Ils couvrent un large éventail de sujets et proposent des conseils pratiques sur la mise en œuvre de cette technologie essentielle. Le numéro spécial propose également un point de vue externe qui rejoint, de façon indépendante, cette vision et les risques qui y sont associés.
Les sujets abordés dans ce numéro spécial sont d’une grande actualité et occupent le devant de la scène. Au moment où j’écris cet avant-propos, il me suffit de repenser à ce matin pour trouver des exemples opérationnels précis et des manchettes récentes portant sur l’IA ou la cybersécurité qui ont une incidence directe sur la sécurité nationale et la conduite de la guerre. J’aurais certes pu écrire cette phrase à presque n’importe quel moment au cours des dernières années, mais les développements récents en ont accentué et accéléré la pertinence. Nous avons même vu converger l’IA et le cyberespace, avec des modèles comme Mythos, capables d’automatiser la découverte de vulnérabilités dans les logiciels et de transformer profondément le cyberdomaine.
C’est précisément pour cette raison qu’il importe d’examiner avec sérieux les réflexions présentées dans ce numéro spécial. Nous vivons une période marquée par des transformations majeures des capacités militaires, découlant des avancées technologiques, et nous assistons à une évolution remarquablement rapide du caractère de la guerre, alors même que le conflit en Ukraine continue de démontrer que la guerre demeure avant tout un affrontement violent de volontés. Cette violence met en évidence une réalité fondamentale : la question n’est plus de savoir si l’IA et les cyberopérations transformeront la manière occidentale de faire la guerre, mais si nous saurons nous adapter aux transformations qu’elles ont déjà engendrées. Ce numéro spécial rassemble des points de vue variés et particulièrement opportuns qui contribueront à approfondir notre compréhension de ces enjeux.
Bonne lecture.